Lorsqu’un collaborateur copie un texte dans un assistant d’intelligence artificielle, il ne transmet pas uniquement une question. Le contenu peut comporter des informations commerciales, des données personnelles, des éléments contractuels, des identifiants techniques ou des connaissances internes à l’entreprise.
Une simple demande de reformulation peut ainsi contenir :
- le nom et les coordonnées d’un client ;
- les conditions tarifaires négociées avec un fournisseur ;
- un contrat ou un projet qui n’a pas encore été annoncé ;
- des informations relatives à un salarié ;
- un extrait de code informatique interne ;
- des identifiants, des adresses de serveurs ou des journaux techniques ;
- des données couvertes par une obligation de confidentialité.
Il faut distinguer les données personnelles des autres informations confidentielles. Une donnée personnelle permet d’identifier directement ou indirectement une personne physique. Une information confidentielle peut, quant à elle, concerner une stratégie commerciale, un procédé technique, un tarif, une négociation ou une organisation interne sans nécessairement identifier une personne.
Le RGPD s’applique lorsqu’un système d’intelligence artificielle traite des données personnelles. La CNIL rappelle que l’utilisation d’un système d’IA doit respecter les principes habituels de protection des données : finalité déterminée, minimisation, information des personnes, durée de conservation, sécurité et respect des droits.
L’entreprise doit également respecter ses engagements contractuels et ses propres règles de confidentialité. Une information peut être interdite de transmission à un prestataire externe même si elle ne constitue pas une donnée personnelle au sens du RGPD.
La première erreur consiste donc à considérer tous les usages de ChatGPT comme identiques. Les conditions applicables dépendent du type de compte et du service utilisé.
ChatGPT avec un espace personnel
Avec un compte personnel ChatGPT Free, Plus ou Pro, les nouvelles conversations peuvent être utilisées pour améliorer les modèles lorsque le réglage correspondant est activé. OpenAI permet de désactiver cette utilisation dans les contrôles de données. Selon son aide officielle, le partage destiné à l’amélioration des modèles est activé par défaut dans les espaces personnels, mais l’utilisateur peut le désactiver dans les paramètres.
Désactiver l’entraînement ne signifie cependant pas que l’entreprise peut déposer sans précaution tous ses documents confidentiels. Les données quittent toujours son infrastructure pour être traitées par un service externe. Il reste nécessaire d’examiner les conditions contractuelles, la conservation, les accès, la localisation du traitement et les obligations liées aux personnes concernées.
Un compte personnel pose également un problème de gouvernance. L’employeur dispose de peu de contrôle centralisé sur les conversations, les comptes utilisés et les documents transmis. Un salarié peut quitter l’entreprise avec un historique conservé dans un espace personnel ou utiliser des fonctions non validées par le responsable informatique.
ChatGPT Business et ChatGPT Enterprise
Les offres professionnelles sont conçues pour fournir davantage de contrôle aux organisations. OpenAI indique ne pas utiliser, par défaut, les données professionnelles de ChatGPT Business, ChatGPT Enterprise et de ses services destinés aux entreprises pour entraîner ses modèles. Ces offres ajoutent également des fonctions d’administration, de gestion des membres et de sécurité.
Cette différence est importante. Elle permet de séparer les usages professionnels des comptes personnels et de définir un environnement administré par l’entreprise. Elle ne dispense toutefois pas d’établir des règles internes concernant les informations autorisées, les droits des utilisateurs et les usages sensibles.
L’API OpenAI
L’API permet à une entreprise ou à son prestataire de construire sa propre interface et d’intégrer le modèle à un logiciel métier. OpenAI précise que les données professionnelles envoyées par l’intermédiaire de l’API ne sont pas utilisées par défaut pour entraîner ses modèles.
La conservation dépend cependant des fonctions et des paramètres employés. La documentation officielle indique que certaines données peuvent être conservées temporairement pour la détection des abus. Des configurations particulières de conservation réduite ou nulle peuvent être proposées aux organisations éligibles et pour certains points d’accès.
L’utilisation de l’API apporte donc davantage de maîtrise qu’un simple copier-coller dans un compte personnel. L’entreprise peut contrôler son interface, limiter les champs transmis, supprimer automatiquement certaines informations et conserver ses propres journaux. Les données sont néanmoins traitées par une infrastructure externe.
Une intelligence artificielle locale
Avec une IA locale, le modèle fonctionne sur un serveur appartenant à l’entreprise ou placé dans un environnement privé qu’elle administre. Les questions, documents et réponses peuvent rester dans ce périmètre, à condition qu’aucun composant ne les transmette à un service externe.
L’entreprise contrôle alors directement le stockage, les utilisateurs, les sauvegardes, les journaux et les connexions réseau. Cette maîtrise constitue un avantage majeur pour des documents sensibles ou soumis à des restrictions contractuelles.
Elle récupère cependant la responsabilité de l’ensemble de la sécurité. Une IA locale installée sur un serveur mal protégé, accessible avec un mot de passe partagé ou exposée directement sur Internet peut être moins sûre qu’un service professionnel correctement administré.
Lorsque les informations ne doivent pas être transmises à une plateforme
publique, l’entreprise peut envisager de déployer une intelligence artificielle locale dans son infrastructure











