L’AI Act, également appelé règlement européen sur l’intelligence artificielle ou règlement IA, ne concerne pas uniquement les entreprises qui développent leurs propres modèles. Il s’applique également aux organisations qui utilisent des systèmes d’intelligence artificielle dans le cadre de leur activité professionnelle.
Le règlement distingue notamment le fournisseur du déployeur. Le fournisseur développe ou fait développer un système d’IA et le met sur le marché ou en service sous son nom. Le déployeur utilise un système d’IA sous sa propre autorité dans un cadre professionnel. Une PME qui utilise un assistant fourni par une autre société sera donc généralement considérée comme déployeur. Une entreprise qui développe et commercialise sa propre solution sous sa marque pourra devenir fournisseur et assumer des obligations plus importantes.
La première action consiste à dresser un inventaire des outils réellement utilisés dans l’entreprise. Cet inventaire ne doit pas se limiter aux logiciels officiellement achetés par la direction. Des salariés peuvent utiliser des comptes personnels, des extensions de navigateur, des fonctions intégrées à leur messagerie ou des plateformes gratuites sans que le responsable informatique en ait connaissance.
Le registre peut comporter les informations suivantes :
- le nom du système et de son fournisseur ;
- le service ou les personnes qui l’utilisent ;
- la finalité précise de l’usage ;
- les données introduites dans l’outil ;
- les résultats produits ;
- les décisions éventuellement influencées par ces résultats ;
- l’existence d’une validation humaine ;
- le lieu d’hébergement et la durée de conservation ;
- le responsable interne du système ;
- la date de la dernière vérification.
Une même plateforme peut correspondre à plusieurs usages. ChatGPT peut être employé pour reformuler une publication, analyser un contrat, préparer une réponse à un client ou comparer des candidatures. Il ne suffit donc pas d’inscrire « ChatGPT » une seule fois dans le registre. Chaque finalité importante doit être examinée séparément.
Repérer immédiatement les pratiques interdites
Certaines pratiques sont considérées comme présentant un risque inacceptable. Elles sont interdites indépendamment de la taille de l’entreprise. Les premières interdictions s’appliquent depuis le 2 février 2025.
Le règlement interdit notamment certaines formes de manipulation préjudiciable, l’exploitation de vulnérabilités, certaines pratiques de notation sociale, la constitution de bases de reconnaissance faciale par collecte non ciblée d’images et certaines catégorisations biométriques portant sur des caractéristiques sensibles. Il interdit également, sauf exceptions médicales ou de sécurité, l’utilisation de systèmes de reconnaissance des émotions dans les lieux de travail et les établissements d’enseignement.
Une PME doit donc être particulièrement prudente face aux outils prétendant analyser automatiquement les émotions, la personnalité, la motivation ou la sincérité d’un salarié à partir de son visage, de sa voix ou de son comportement.
Une solution commerciale ne devient pas licite simplement parce qu’elle est disponible sur Internet. Avant de tester un outil biométrique ou comportemental sur des collaborateurs, l’entreprise doit vérifier précisément sa finalité et son fonctionnement.
Identifier les systèmes susceptibles d’être classés à haut risque
Les obligations les plus importantes concernent les systèmes classés à haut risque. Pour une PME, les usages liés à l’emploi et à la gestion des travailleurs doivent faire l’objet d’une vigilance particulière.
L’annexe III du règlement vise notamment les systèmes utilisés pour :
- analyser et filtrer des candidatures ;
- évaluer ou classer des candidats ;
- décider d’une promotion ou d’une rupture de contrat ;
- attribuer des tâches à partir du comportement ou des caractéristiques d’un salarié ;
- surveiller ou évaluer les performances et le comportement au travail.
Sont également concernés certains systèmes utilisés pour l’admission, l’orientation ou l’évaluation dans l’éducation et la formation professionnelle, ainsi que certains systèmes liés au crédit, à l’assurance, aux infrastructures critiques et aux services essentiels.
Il ne faut pas conclure que toute utilisation de l’IA dans les ressources humaines est automatiquement à haut risque. Un assistant fournissant aux nouveaux salariés des informations sur les horaires, les procédures ou les formations ne remplit pas nécessairement les mêmes fonctions qu’un outil classant les candidats. La finalité réelle et l’influence du système sur la décision sont déterminantes.
Le calendrier a été modifié par le règlement européen de simplification adopté en juillet 2026. Les règles spécifiques aux systèmes à haut risque figurant à l’annexe III doivent désormais s’appliquer à partir du 2 décembre 2027. Celles concernant les systèmes à haut risque intégrés à certains produits réglementés doivent s’appliquer à partir du 2 août 2028. Ce report ne signifie pas que les entreprises doivent attendre ces dates pour identifier leurs systèmes et préparer leur gouvernance.
Distinguer les obligations de transparence
Depuis le 2 août 2026, certaines obligations de transparence sont applicables. Lorsqu’une personne échange directement avec un chatbot ou un autre système interactif, elle doit être informée qu’elle communique avec une intelligence artificielle, sauf si cela est évident dans le contexte.
Une PME utilisant un chatbot sur son site peut donc prévoir, dès le début de l’échange, une formulation comme :
Vous échangez avec un assistant automatisé utilisant une intelligence artificielle. Vous pouvez demander à être orienté vers un conseiller.
Les images, vidéos ou contenus audio constituant des hypertrucages, également appelés deepfakes, doivent être signalés comme ayant été générés ou modifiés par une intelligence artificielle. Les fournisseurs de systèmes génératifs doivent également prévoir des marquages détectables par machine lorsque les conditions du règlement sont réunies.
Pour les textes générés ou manipulés par l’IA et publiés afin d’informer le public sur des sujets d’intérêt public, une information peut être nécessaire. Une exception est prévue lorsque le contenu a fait l’objet d’un véritable contrôle humain ou éditorial et qu’une personne physique ou morale assume la responsabilité éditoriale de sa publication.
Une entreprise produisant des articles avec l’aide de l’IA doit donc conserver une véritable relecture humaine. Il ne suffit pas de lancer une génération automatique puis de publier le résultat sans contrôle.
Ne pas oublier le RGPD
L’AI Act ne remplace pas le règlement général sur la protection des données. Les deux textes peuvent s’appliquer simultanément lorsqu’un système utilise des données personnelles.
Une PME doit notamment déterminer la finalité du traitement, les données nécessaires, la base juridique, les destinataires, les durées de conservation et les mesures de sécurité. Une analyse d’impact relative à la protection des données peut être nécessaire lorsque le traitement est susceptible de présenter un risque élevé pour les personnes. La CNIL rappelle que le règlement IA et le RGPD poursuivent des objectifs complémentaires.
L’inventaire doit notamment préciser les outils qui traitent des informations
sensibles et les choix effectués entre IA locale et ChatGPT pour les données confidentielles











